Les coûts de l’énergie : une opportunité pour la transition énergétique ?
L’hiver sera redouté du fait des enjeux qui planent autour du secteur énergétique. La production d’électricité est en difficulté alors que les prix à la pompe explosent. La pression sociale ainsi qu’environnementale se cumulent. Comment décrypter la situation ?
Le contexte énergétique
Décarboner la production d’électricité ainsi que l’économie de manière générale est une tendance qui s’installe. Mais afin d’atteindre les objectifs environnementaux fixés, il faut à la fois augmenter l’offre d’énergie non carbonée mais aussi diminuer notre consommation (sobriété énergétique). En 2021, RTE (gestionnaire du Réseau de Transport d’Électricité en France) indiquait qu’entre 2024 et 2030 le réseau électrique français pourrait augmenter l’offre, notamment non carbonée, grâce à la mise en réseau de l’EPR de Flamanville ainsi que de nouvelles centrales offshores et d’énergies renouvelables terrestres. Ce qui aurait pour conséquence d’aller vers plus de résilience en matière de production d’électricité.
Une explosion des prix
Sur le marché de l’électricité, les prix ont atteint 1000€MWh fin septembre 2022. En septembre 2021, le MWh atteignait alors une centaine d’euros. Depuis, le cours est retourné à la baisse. À la pompes, les prix tutoient régulièrement les 2€ le litre pour la gazole depuis mars dernier.
Le signal prix
Le prix peut être un parfait instrument d’incitation à moins consommer. Par conséquent, peut-on espérer que cette hausse des prix puisse favoriser les ambitions environnementales ? Pour cela, il faut analyser la situation en deux temps : à court terme ainsi qu'à long terme.
À court terme, dans le cadre de consommations primaires incompressibles (bien inélastiques), le prix n’aura que peu d’effets directes sur la consommation. Cela peut être l’exemple de la consommation d’essence pour se rendre à son lieu de travail. Toujours à court terme mais sur des consommations secondaires (bien élastique), des alternatives peuvent être trouvées et le signal prix tient son rôle d’incitateur comme prendre le train au lieu de la voiture pour partir en vacances). Bien que nous puissions distinguer deux cas, la proportion de biens inélastiques et élastiques diffère selon de nombreux facteurs (milieu rural ou urbain, présence de transports en commun ...) tout comme leurs conséquences.
Sur le long terme, le signal prix tient également son rôle, il est possible d’observer des comportements d’investissement vers des alternatives (pompes à chaleur ou des voitures électriques par exemple). Selon Christian GOLLIER (Toulouse School of Economics), une hausse des prix de 10% sur le long terme diminue de 8% la consommation d’énergie.
Le plafonnement des prix
Au printemps 2022, le gouvernement français a mis en place une remise de 18 centimes d’euro sur les prix à la pompe. Ce dispositif a été maintenu et la remise a été porté à 30 centimes au mois d’octobre avant de revenir à 10 centimes en novembre 2022.
À court terme, ce dispositif doit permettre de réduire les prix pour répondre à la pression sociale. Néanmoins ce type de dispositif peut déséquilibrer le marché. En diminuant le prix à la pompes, il a pour conséquence d’accroître la demande pour une même offre et donc pousser les prix à la hausse. L’effet devient ainsi contre-productif. Ce raisonnement est purement mécanique et non quantifié, les effets dépendent de l'augmentation ainsi que du poids de la demande sur les marchés mais aussi de l'évolution de l'offre. Ce seront des études empiriques qui permettrons de quantifier exactement les effets de cette mesure.
Christian GOLLIER (Toulouse School of Economics) indique qu’avec Marcel BOITEUX, ils pensent que les tarifs sont faits pour dire les coûts, comme les horloges pour dire l’heure. Ils ajoutent qu'empêcher les prix de monter en période de tension provoque des choix inefficients qu’il faudra payer de toute façon par d’autres moyens à d’autres moments.
Et pour la suite ?
À court terme, les pays européens cherchent à réduire la pression énergétique en cherchant de nouveau partenaire et ainsi fournir la demande à des prix plus abordables. À l’image de la France, se tournant vers l’Algérie pour l’importation de gaz.
Cette situation a également saisi les consciences pour plus de résilience en terme de production d’énergie mais aussi accélérer la transition énergétique vers des sources non carbonés. Le retrait de la France du Traité sur la charte de l'énergie est un exemple. De son côté, l’Union européenne possède un outil d’investissement sans commune mesure à savoir le fond de relance post covid.
Dans ce contexte précis, c’est un choc extérieur qui permet d’accélérer la transition énergétique. Mais d’autres instruments permettent également de jouer sur les incitations hors temps de crise. Présentation lors du prochain développement.
