La récession : faut-elle la craindre ?
Ce terme s’installe peu à peu dans l’actualité du fait d’une situation économique défavorable. Mais, que veut-il dire précisément ?
Une définition factuelle
Bien que la récession traduise un déclin de l’activité économique, les différentes institutions ne se basent pas exactement sur les mêmes critères pour la définir. L’Union Européenne la définit par une évolution négative ou nulle de deux trimestres consécutifs minimum. Le Royaume-Uni possède une définition similaire mais prend seulement en compte les trimestres strictement négatifs.
D’autres organismes possèdent d’autres critères, mais qui peuvent être un peu plus difficiles à déterminer. Le NBER (National Bureau of Economic Research) est une ONG (organisation non gouvernementale) qui a pour but de produire et répandre des recherches économiques non biaisées à destination des décideurs, des entreprises ainsi que du monde académique. Le NBER définit la récession comme une baisse significative de l’activité économique qui se diffuse sur les marchés et qui est constatée sur l’évolution du PIB, les salaires réels, le chômage ainsi que la production.
Que disent les chiffres ?
La France enregistre une diminution de son PIB pour le premier trimestre 2022 de 0,2% mais une augmentation de 0,2% pour le deuxième trimestre selon la commission européenne. Dans le même temps, l’ensemble de l’Union Européenne observait une augmentation de son PIB au premier trimestre de 0,7% puis un recul de 0,1% au deuxième trimestre toujours selon la commission européenne.
Et pour la suite ? Les prédictions de la commission européenne ne semblent pas indiquer de récession dans la définition de l’Union Européenne. Mais cette croissance positive est faible et donc fragile. Pour la France, une évolution de 0,4% puis 0,3% pour les troisième et quatrième trimestres sont estimées. Elle atteint 0,2% pour les mêmes trimestres sur l’ensemble de l’Union Européenne. Bien que les estimations soient positives, leur proximité à une croissance nulle laisse courir le risque d’une récession possible. Selon Pierre-Olivier Gourinchas (économiste en chef du Fond Monétaire International), l’horizon s’assombrit du fait du ralentissement des principales économies mondiales.
La pensée économique sur le sujet
Il faut d’abord se pencher sur une question de conjoncture à laquelle les économistes se sont beaucoup intéressés, à savoir les cycles et les tendances. Le sujet est central car son objectif est de comprendre les fluctuations de l’activité économique et de déterminer si ces fluctuations sont périodiques. Tout cela dans le but de pouvoir estimer les fluctuations futures.
Pour entrer dans le vif du sujet, il faut d’abord différencier un cycle et une tendance. Le premier correspond à un équilibre de court terme et le second à un équilibre de long terme. Pour simplifier l’explication, on peut imaginer une tendance comme une «moyenne» de l’activité économique et le cycle comme une fluctuation autour de cette moyenne.
Cette différenciation faite nous pouvons alors définir les cycles. Ces derniers sont définis en plusieurs phases : l’expansion, le pic, la récession, la dépression, le creux et la reprise. Ces étapes s’enchainent et se répètent pour former un cycle. Néanmoins les cycles peuvent avoir des temporalités différentes. Il y a les cycles Kitchin de 1 à 2 ans, les cycles Juglor de 8 à 10 ans et les cycles Kondratiev de 40 à 50 ans.
Certes ces termes sont les fruits de réflexions économiques, mais pouvons-nous observer réellement ces cycles ? Nous pouvons prendre l’exemple de la France ainsi que ses différentes crises. Quand nous nous penchons sur les dates nous pouvons constater une crise tous les 8 à 10 ans (cycle Juglor). Par le passé, la France a, en effet, subit des crises en 1936, 1947, 1957, 1966, 1973, 1983, 1990, 2000, 2008.
Y a-t-il toujours un débat économique à ce sujet ?
Bien que certains économistes sont arrivés à expliquer les cycles par des facteurs internes et externes à l’activité économique, le débat intéresse toujours les économistes. À titre d’exemple, dans les années 1980 les distinctions entre cycles et tendances sont remises en cause. L’origine de cette contestation est due à l’apparition de nouveaux concepts et d’outils techniques.
Aujourd’hui le débat est loin d’être fini. Les implications économiques et politiques sont très importantes. Le sujet est donc fondamental car il touche directement les règles ainsi que les choix budgétaires et monétaires.
