Guerre en Ukraine : le secteur agricole perturbé
Le conflit ukrainien a profondément affecté l’économie mondiale en pleine reprise économique post-covid. Sur le continent européen, l’Ukraine représente environ 15% de la production de céréales en 2021 selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l’agriculture). Après six mois de conflit, quel état des lieux pouvons nous dresser sur l’impact du conflit sur la filière agricole ?
Le retour au calme sur les marchés financiers
La Russie et l’Ukraine sont deux poids lourds du secteur agricole sur le continent européen. Alors que la France possède près de 286 601 km2 de terre agricole, l’Ukraine et la Russie agrègent respectivement 413 290 km2 et 2 154 940 km2 de surfaces agricoles en 2018 selon la Banque Mondiale.
Inévitablement, les marchés ont réagi rapidement au début du conflit en février dernier. Le cours du blé avait subi une augmentation de près de 60% en une semaine ! À l’époque, les récoltes n’étaient pas d’actualité, néanmoins la peur de destruction ou d’impossibilité d’exporter des stocks de céréales ont crispé les marchés.
Désormais, les expectatives des marchés se sont relâchés et nous observons une diminution des cours des céréales. Le prix du blé a notamment retrouvé des niveaux d’avant conflit.
La sécurité alimentaire
Ces dernières semaines, l’ouverture du port d’Odessa a permis la reprise des exportations des céréales ukrainiennes. Cette ouverture n’explique que marginalement la baisse des prix. Néanmoins, cette évolution est une très bonne nouvelle pour la sécurité alimentaire dans la région ainsi que dans le Moyen-Orient. Il est important de préciser que de nombreux pays sont dépendants des exportations ukrainiennes et russes. À titre d’exemple, entre 2018 et 2020, le blé ukrainien représentait en moyenne 64% des importations pour le Liban selon l’OCDE. À l’inverse d’autres pays sont pleinement dépendants du blé russe. Entre 2018 et 2020, le Soudan importait en moyenne 91% de blé provenant de Russie selon l’OCDE.
Sans aucun doute, la reprise des exportations permet de réduire la pression alimentaire dans certains pays ainsi que de nuancer la dépendance à des ressources russes. Il faut également ajouter que cela permet de faire subsister l’ensemble de la filière agricole ukrainienne, qui représentait environ 10% de son PIB en 2021 selon la Banque Mondiale.
Allons nous percevoir cette baisse des prix ?
Malheureusement, à l’heure actuelle, les consommateurs ne perçoivent pas la baisse des prix sur les produits alimentaires. Il faut savoir que les marchés des céréales sont libellés en dollars américains (USD). Ces derniers temps, l’euro s’est dévalué par rapport au dollar américain. Les deux devises tutoient la parité, un niveau jamais vu depuis 2002. Par conséquent, bien que les prix en dollar diminuent, il faut plus d’euros pour acheter la même quantité de dollars. Ainsi, il est difficile de noter une diminution des prix. Il faut ajouter le coût de l’énergie élevé. Il y a également le prix des fertilisants qui ne sont pas à négliger, sans oublier les conséquences des différentes sécheresses de la saison estivale 2022.
Les attentes de la moisson 2022
Au niveau mondial, les prédictions de récolte 2022 donnent une production de céréales inférieure de 0,6% par rapport à 2021 mais un niveau de production plus élevé qu’en 2020 selon la FAO. Néanmoins, si l’on prend en compte l’évolution de la population mondiale, on observe que la quantité de céréale produite par tête est environ inférieure de 1,9% par rapport à 2021.
Au niveau européen, les conditions climatiques et la situation ukrainienne font baisser la production. Du fait du conflit, de nombreuses parcelles ont été détruites et d’autres ont été inaccessibles lors des récoltes. L’Ukraine accusera une chute de production de 40,4% selon les prédictions de la FAO. Pour l’Union européenne les pertes seraient moins importantes et atteindraient 1,9% de la production de 2021 selon la FAO.
Au contraire, la Russie a subi des conditions climatiques plus que favorables. Le pays va ainsi observer une augmentation de production de près de 9,4% par rapport à 2021, toujours selon la FAO.
Le conflit ukrainien a inévitablement perturbé le secteur agricole. À la fois en perturbant les marchés des céréales mais aussi en créant une instabilité sur les prix et sur la sécurité alimentaire de certains pays. Le conflit s’installant dans le temps, la situation reste incertaine et il est difficile de dresser des prédictions. Cette incertitude transpire sur la confiance des consommateurs qui est au plus bas depuis 2019 selon l’OCDE.
